Un univers entre deux univers...

 
L'apparente inspiration ethnique de certaines des sculptures de Jean-Claude Bourdon n'est que prétexte à l'installation d'un équilibre parfois fragile de lignes pures jusqu'au dépouillement et de notations académiques narratives (mains, visages) évocatrices d'un instant vécu, effleurant l'abstraction sans s'y résoudre totalement.
Chaque sculpture doit non seulement répondre au regard de l'autre, lui parler, mais également vivre pour elle-même, dépouillée de tout sentiment qu'elle peut inspirer, être œuvre d'art : équilibre des formes, justesse du trait, continuité des lignes...
Le choix du matériau, support d'expression de son monde intérieur n'est pas neutre pour le sculpteur.
Le bronze, alliage mythique venu des anciens et résistant aux attaques du temps, n'existe que par la perte acceptée et nécessaire de l'œuvre originale délicatement modelée dans de la cire fragile.
Le fer et l'acier, au contraire, sont rebelles à toute mise en forme. La création devient un combat où le feu, la frappe, la torsion en force, laissent peu de place au remord ou à l'approximation.
Jean-Claude Bourdon travaille indifféremment ces deux techniques, adaptant ses choix au caractère propre de ses sculptures, sans que sa
« manière », son « écriture » en soient le moins du monde affectées.
 

 
 


 
 

Voyons-nous les maîtres ou les serviteurs ?
Les seigneurs ou les esclaves ?
Les prélats ou les moinillons ?
Les officiers ou la piétaille ?
Les personnages de Jean-Claude Bourdon
sont l'un et l'autre.
Liant en eux-mêmes la dignité de l'homme
et la simplicité de la fonction suggérée.
Le bâton est celui du pèlerin et celui du berger,
la robe est la chlamyde du prétorien
ou la chasuble de l'archevêque,
elle-même figuration de la tunique de l'esclave.
Ainsi nous sont révélés
les échelons de la condition humaine
que nous recelons en nous-mêmes.
Et un simple port de tête
ou une courbure de corps
donnent un sens à l'indifférencié.
Les relations de groupe, de classe,
ou la tendresse amoureuse elle-même
peuvent basculer vers la révolte ou la soumission.
Il suffit d'un rien,
et ce rien Jean-Claude Bourdon
nous en montre la puissance et la fragilité.
 
François Berton, photographe d'art.